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Cette
orgie de formes et de couleurs, de sons, de textures, fourrure, plumes, écailles,
cette maladie de fleurs, ces infirmités de fruits, ces litanies d’eau, salvatrices,
en trombe, en cascades, en torrents, ces fleuves sans commencement ni fin, ces cathédrales
sylvestres luminescentes, ces chants, ces cris, ces hurlements d’amour qui se
perdent dans la nuit, ces millions d’étoiles qui naissent et qui meurent, cette
beauté-là, cette féerie, l’eau, le feu et la lumière, les arbres, et le chant
des oiseaux, le premier jour du printemps, les dessous de la mer, ce bleu-là,
ses mystères, tout cela, amour et beauté confondus, voilà pourquoi, voilà pour
qui, j’écris.
Toute
cette littérature-là, cette folie du vivant, à s’en étourdir, de l’ahurissement
béat à l’extase mystique, à ne plus faire la différence entre le petit de
l’homme et celui de l’éléphant.
Et
le soleil par-dessus tout cela, son sang, les mains grandes ouvertes, offertes,
tendues, comme un dieu bienveillant.
Et
moi, éperdu au beau milieu de cette forêt en liesse, avec mes liasses de mots
et ces phrases impossibles qui me prennent toute la tête, ces eaux-là, noires, ces
encres-là, moi qu’un rien émerveille, une plume, une fleur, moi que tout tue, au
bord de l’évanouissement chaque fois que je respire le parfum des lilas, moi
qu’une orchidée émeut aux larmes, perdu au milieu de mes phrases comme au
milieu de nulle part, seul, comme au centre de la création, dans les eaux
noires de la beauté, jusqu’à m’empoisonner.
Ce
paradis : on m’en offrirait un autre que je n’en voudrais pas.
Je
suis ce peintre-là, un peintre qui écrit, cette musique-là, dans toutes les
langues : la luxuriance du Noir absolu, pour le temps qui m’est donné.
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