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Les choses inutiles, 1998
Sylvain Lelièvre (1943-2002) |
Je
parle à mes poissons rouges de tout et de rien, de l’inutile beauté, de la
pluie et du beau temps, je leur dis de ne pas trop s’en faire. Je leur parle
aussi d’Apollinaire, de sa blessure de guerre…
Je
parle à mes poissons rouges de la
tristesse des jours, je parle de poésie, je parle, je parle surtout de
solitude, de chansons belles à pleurer, je parle de Brel et de Barbara…
Je
parle à mes poissons rouges de la grande forêt amazonienne, des animaux à
plumes qui ressemblent à des couchers de soleil, des singes verts pas plus gros
que le pouce, je parle de l’océan, de ses humeurs noires, de ses amertumes…
Je
parle encore et encore de la pluie, et du soleil aussi, je parle de Rimbaud, de
la couleur des voyelles, je parle de corbeaux qui parlent, je parle de Poe.
Je
parle de poésie, du rouge incandescent de mes poissons rouges, de ce feu-là qui
me brûle les yeux.
Je
parle à mes poissons rouges de Baudelaire, de Prévert et d’Apollinaire, je
parle à mes poissons rouges des rouges roses
de la vie.
La
robe d’eau rouge de mes poissons, la poésie, je parle de ce feu-là.
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