![]() |
Hommage à Rosa Luxemburg, (détail), 1992
Jean-Paul Riopelle (1923-2002) |
Les
phrases sont courtes, à l’image de la respiration saccadée de la mourante.
Elle
est là, pâle et haletante, sur son lit de mort.
Elle
a demandé des draps blancs, un bouquet de lavande sur sa table de chevet. Elle
tient à ce que tout le monde soit là : ses proches, ses petits-enfants, sa
chatte Lisbeth, une siamoise de 15 ans, presque aveugle, édentée, qui ronronne
pour un rien, pour un regard ou une caresse.
Elle
peine à parler, s’en excuse, esquisse un sourire douloureux. Elle finit par
dire : « Je n’aime pas les points de suspension : ils portent
toujours à confusion. » Elle ajoute, à bout de souffle : « Étant
donné les circonstances, ils seraient mal à propos. »
Elle
a demandé aussi qu’on ouvre la fenêtre « pour faire entrer le chant des
oiseaux dans la chambre ».
Elle
est stoïquement belle, presque sereine. Elle dit qu’elle n’a pas peur, qu’elle
ne regrette rien. Elle ne quitte pas des yeux le bouquet de lavande, comme si
c’était la dernière image qu’elle voulait emporter avec elle.
Elle
dort un peu, semble presque sourire. Dehors, on entend les oiseaux. La chambre
embaume la lavande. La chatte s’est blottie sous l’édredon.
Elle
a demandé que l’on note ses derniers propos, sa dernière phrase,
l’image-mémoire de ce qu’aura été sa vie. Elle a dit : « Pour la
postérité, parce que je vous ai aimés. »
Elle
respire une dernière fois le parfum des lavandes et s’endort au chant des
oiseaux.
« Les
oiseaux. » Elle a répété : « Les oiseaux. »
La
chambre était inondée de lumière, de sa
lumière. Quelqu’un a aussi noté cette phrase.
A qui pensais-tu donc, cher Denis? Qu'importe, moi je sais et garde les oiseaux et la lavande précieusement. Ils seront toujours les bienvenus l'heure venue. Merci de retenir les oiseaux encore un peu.
RépondreSupprimerJ.