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Le soleil, 2006
Dale Chihuly
Crédit photo: André Lebeau
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Si
je ne devais prier qu’un seul dieu, ce serait Apollon, ou alors Dionysos :
le beau ou l’ivresse. Je ne conçois pas l’un sans l’autre.
Est
beau ce qui est propre à nous ravir :
tout ce qui nous élève, littéralement — j’allais écrire « tout ce qui nous
enlève »—, nous rapproche des dieux. Tout ce qui est beau m’enivre. : une
cathédrale gothique aussi bien qu’une pivoine.
Même
la beauté qu’on n’atteindra jamais, comme celle de Jacques Brel dans « La Quête
», ou celle, plus désespérée encore, d’Icare dans son ascension folle vers le
Soleil; la beauté silencieuse du cosmos qui donnait des frayeurs à Pascal; la
beauté jusque dans la laideur ou dans l’abject, la beauté du mal qui a fait la
gloire de Baudelaire; la beauté sulfureuse, noire, incandescente d’une Marilyn
divinisée de son vivant; la beauté spectrale du chat, celle des garçons que Michel-Ange
embrassait et peignait à la détrempe; la beauté convulsive de Breton; la beauté
surréelle des mondes embrasés de Chihuly; la beauté d’un dieu qui en embrasse
un autre; la beauté jusqu’à la saturation, jusqu’à l’incompréhension, jusqu’à la
révulsion.
Chaque
fois qu’on s’approche de la beauté, chaque fois qu’on touche au sublime, la
mort recule d’un pas : c’est Dionysos étreignant Apollon, la victoire de
la lumière sur les ténèbres.
L’art,
c’est là tout mon idéal religieux. Je ne communie plus que par les yeux. N’aspirer
à rien d’autre que cela et n’espérer nul autre salut : devenir un bouddha
de la beauté.
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