mercredi 29 mai 2013

J'accompagne un trisomique imaginaire


Le lézard aux plumes d'or, 1967
Joan Miró (1893-1983)
Il me suit partout : au soleil comme sous la pluie; à l’école, à l’épicerie, même chez le dentiste! Tous les jours, c’est sa fête, et il n’aime rien tant que les gâteaux d’anniversaire, les ballons, les chapeaux pointus et les flûtes en papier avec un plume au bout.
Le dimanche, on va à la pêche aux poissons rouges, ou alors en forêt pour cueillir des œufs de lapins. En secret, on élève des dinosaures végétariens qui ne mangent rien, sauf des cerises, mais seulement quand c’est la saison. On se marie tous les jours, un diamant à chaque doigt. On prend souvent le métro ou l’autobus, pour rien, pour n’aller nulle part, pour sourire aux gens. On nourrit des chats abandonnés. On change de nom chaque jour : on s’appelle Georges, Étienne, Maurice ou Paul. On a mille chiens.
 
On est les seuls à connaître par cœur le numéro de téléphone du frère jumeau du Petit Chaperon rouge.
 
Nous aussi, un jour, on l’aura notre ferme en Afrique.
Et nous faisons l’amour avec nos yeux et notre sourire, chaque soir avant de nous endormir, juste avant de décrocher la lune.
 
Je ne suis jamais seul. J’accompagne un trisomique imaginaire, une forme de bénévolat virtuel, si l’on veut, qui me sauve de tout.
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire